Pour la neuvième année de suite, Fast Sport livre son étude annuelle du sport à la télévision à partir de données du CSA. Les chaînes spécialisées et les magazines ne sont pas comptabilisés. En 2016, le sport pèse pour plus de 4200 heures (dont presque 3 heures de Rodéo!). C'est 36% de plus que l'année dernière et plus du double que 2012. Pour en savoir plus, nous avons soumis 3 questions à Marine Lallement.
La 8ème édition de la Coupe du Monde de rugby se déroulera en Angleterre du 18 septembre au 31 octobre. Les matchs seront diffusés sur TF1 et canal+/canal+ sport. Comment le fan de rugby va t-il regarder cette compétition? sur son écran de télévision? Préférera t-il internet, son ordinateur, une tablette ou la catch-up tv? Tradelab qui se présente comme "une plateforme de marketing programmatique" a diffusé une infographie pour convaincre les annonceurs de saisir quelques opportunités.
Faits majeurs :
Audience mondiale de 4,2 milliards dans 207 pays
l'audience française est composé de 67% d'hommes - 65% de + de 50 ans
89% des français regarderont le match chez eux
en écoute conjointe, les matchs seront vus à la télé (54%), sur ordinateur (31%), mobile (8%) et tablette (7%)
31% des français navigueront sur internet tout en regardant le match
Il y a quelques jours, FAST sports a publié son étude annuelle des retransmissions sportives par sport et par chaines. Ce bilan a largement été repris, comme par exemple sur En plaine Lucarne, Sport Buzz Business, TéléObs, Ozap, ou encore LeSponsoring.fr. Pour aller un peu plus loin, nous avons interrogé Marine Lallement, fondatrice et Directrice Générale de FAST Sport, centre de formation et d'expertise des professionnels de l'économie sport, qui a piloté l'étude en collaboration avec le CSA.
La sortie aujourd'hui du film Premium Rush est l'occasion de mener une réflexion marketing sur le fixie. Pour ceux qui l'ignorent, le fixie est un vélo dont le pignon fixe (fixed gear) entraine solidairement la roue arrière, le pédalier et les jambes. Lorsque le mouvement est impulsé, le cycliste fait corps avec la machine qu'il freine par rétro-pédalage ou par dérapage contrôlé et anticipé (skid).
Bande annonce de Premium Rush
Ce qui est intéressant dans la cas du fixie c'est que le voit se constituer une culture (appelez là, culture urbaine, pop culture, sous-culture, culture underground...). Cela dit, j'accuse quelques lacunes en sociologie des pratiques culturelles aussi je préfère aborder la question par le prisme d'une "phénoménologie marketing". Par "phénoménologie", je ne me risque pas à une lecture philosophique du pignon fixe mais plus simplement à une description du phénomène. Autrement dit, comment la diffusion de la culture fixie se donne t-elle à voir?
Je voudrais mettre en relief un modèle finalement assez classique, celui qui va From the Margin to the Mainstream ou d'un marché de niche constitué d'experts et d'early adopters à un marché de masse. Ici, nous pouvons faire l'hypothèse que la sortie de Premium Rush, film manifestement calibré pour le grand public, est un symptôme de la diffusion d'une sous-culture au delà du cercle d'initiés.
Qu'est ce que le pignon fixe?
Je favorise la lecture marketing car ici, l'innovation est fondée sur une régression technologique : on abandonne la roue libre. Cela produit deux effets :
le vélo est dépouillé du superflus : plus de dérailleur avant/arrière, plus de frein pour ceux qui roulent en breakless. Le fixie exalte l'essence du vélo, la pureté des lignes d'un cadre mais aussi l'ensemble des autres composants. La démarche est esthétique. Il s'agit de faire du beau en préférant certaines marques (une selle brooks, un cintre et une potence Cinelli, des roues Mavic, Easton ou Aerospoke, un pédalier Campagnolo...).
de nouveaux usages urbains : on le voit dans le film Premium Rush, le fixie est un vélo léger, maniable, réactif et véloce. Il a été adopté par la communauté des messagers. Mais la beauté fondamentale du fixie, son équilibre, ses couleurs, sa ligne, en fait aussi un objet très prisés des jeunes urbains, graphistes et designers. Plus largement se constituent des communautés (des tribus aurait-on dit il y a 10 ans) qui déclinent le vélo urbain sur plusieurs usages (le fixie, la bike-polo...)
Du Porn Bike (source, pignonfixe.com)
Il faut alors comprendre qu'ici, l'innovation est socio-culturelle : elle ne repose pas sur des améliorations technologiques du vélo (au contraire) ni même sur une une innovation commerciale des marques de vélos. Dans ce cas (comme dans beaucoup d'autres concernant les cultures urbaines), on doit ici l'émergence du fixie à des précurseurs californiens accordant autant d'attention à la dimension lifestyle qu'à la pratique. Finalement, le fixie a plus à voir avec le skate qu'avec les pistards.
Pour intégrer les fondements culturels du vélo à pignon fixe, il est indispensable de regarder le documentaire "le vélo de papy fait de la résistance" (la page Facebook)
Dans un prochain billet, en nous appuyant sur le cycle d'adoption de l'innovation, nous identifierons des symptômes de la diffusion de la culture fixie.
Bonus : quelques photos prises lors de mon passage à San-Fancisco
Je vous l’annonçais dans le dernier billet, je pars demain pour un road-trip aux Etats-Unis. C'est l'occasion pour moi de découvrir et ressentir les Major Leagues que je n'ai connues jusqu'à présent que dans mes travaux de recherche, au cinéma, dans les séries ou diffusés à la télé.
Je vais m'appliquer à partager au mieux mes matchday experience. Pour cela, il faudra me suivre sur mon compte twitter (@bhelleu) plus particulièrement les jours suivant:
samedi prochain (le 7 avril) pour un duel californien de NHL entre les Sharks de San Jose et les Kings de LA.(7:30 PM, -9 heures de décalage horaire avec la France)
le vendredi 25 avril, je serai au Madison Square Garden pour un match NBA opposant les Knicks aux Clippers (8:00 PM, -6 heures de décalage horaire avec la France)
L'entrance 3D des Knicks
Je vais essayer de dégoter une place pour un match MLB des Yankees ou des Mets. Alors pour se mettre un peu dans l'ambiance, une carte issue de ma thèse sur la diffusion du sport pro aux Etats-Unis.
Oui oui je vais voir en vrai Blake Griffin !
Diffusion des sports
Le concept de diffusion est cher aux géographes. Dans "Les mots de la Géographie" on en donne la définition suivante :
"action de se répandre dans toutes les directions; expansion d’un phénomène dans l’espace. Propagation d’une innovation dans l’espace (et donc dans le temps) auprès de personnes, groupes, institutions susceptibles de l’accueillir et de l’adopter."
Des géographes ont appliqué le concept aux sport et activités physiques en variant les échelles d'analyse. Par exemple, voici trois études issues de la revue Mappemonde :
La diffusion des Big 4 en Amérique du Nord (MLB, NHL, NFL, MLB)
Dans notre cas, c'est le sport pro qui fait office d'activité innovante. La carte représente l'adoption du sport de ligue majeure par les villes. La taille du cercle correspond à la taille de la ville. Plus la couleur est sombre, plus tôt la ville a obtenu sa première franchise. La carte révèle que 74 villes ont eu au moins une franchise dans l'une des 4 ligues majeures selon une propagation qui part d'un foyer localisé au nord-est pour suivre l'expansion économique du pays au sud et à l'est :
Avant 1900: implantation au nord-est par l’intermédiaire du développement du baseball
1900-1945: renforcement du nord-est par l’émergence du hockey (essentiellement au Canada) et du football américain (dans de petites villes qui disparaîtront par la suite)
1945-1980: expansion vers le sud et l’ouest à la recherche de nouveaux marchés
Depuis 1980: les grandes villes étant déjà équipées, les ligues étendent leur offre dans des marchés moyens
Fondée en 1919, la franchise NFL des Packers de Green Bay (306 000 habitants) est la dernière survivante des « small town teams » qui constituaient la NFL durant les années 1920. L’équipe a survécu à la stratégie d’allocation optimale des équipes qui s’est opérée tout au long du siècle dernier par le soutien indéfectible de ses fans propriétaires de l'équipe sur un modèle comparable aux socios en Espagne. Le tableau suivant recense les petites villes hôtes d’une équipe de football durant les cinq premières années d’existence de la NFL.
Marchés de moins d’un million d’habitants ayant accueilli une franchise NFL entre 1920 et 1924
Dans ses premières années de fonctionnement, la NFL était une ligue accueillant essentiellement de petites villes du Midwest et peu de grandes villes. La Rue en Ohio est la plus petite ville à avoir accueilli une équipe de football. Jim Thorpe, médaillé olympique aux jeux de Stockholm (1912) puis destitué de ses titres convaincu d’avoir enfreint les règles de l’amateurisme, a joué pour les Oorang Indians. Présente deux saisons en NFL (1922-1923), l’équipe devait jouer ses matchs à domicile dans la ville voisine de Marion un peu plus peuplée. Toutes ces franchises ont disparu à l’exception de deux cas : les Packers donc et les Decatur qui opèrent de nos jours à Chicago sous le nom des Bears.
L’importance de la taille du marché apparaît dès l’émergence des ligues majeures. Fondée en 1876, la National League (baseball) stipule dans ses statuts qu’ « aucun club ne doit être admis dans une ville dont la population est inférieure à 75 000 habitants, exception faite d’un vote unanime de la ligue. »
A l'occasion, je reviendrai sur la géographie du sport nord-américain en expliquant pourquoi il n'y a pas d'équipe NFL à Los Angeles et comment cela favorise le subventionnement public des stades et arenas.