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vendredi 10 novembre 2017

Ma thèse en libre accès

Je viens de réaliser qu'il y a 10 ans (le 7 octobre 2007) je soutenais ma thèse intitulée Régulation des ligues sportives professionnelles : une approche géographique. Le cas du football européen (1975-2005). Ce travail, réalisé sous la co-direction de Christophe Durand et Loïc Ravenel, ce travail avait pour objectif de répondre à une simple question : dans quelle mesure le potentiel local des clubs de football professionnel est-il est un facteur de segmentation sportive? Positionnée dans le champ de la géographie et de l’économie du sport, cette recherche portait sur 18 championnats domestiques et sur les Coupes européennes de 1975 à 2005. L’analyse révélait que dans un contexte de croissance des enjeux financiers et de dérégulation de l’activité, les clubs des plus grandes villes renforçaient leur position dominante aussi bien à l’échelle nationale que continentale. Le spectacle sportif résidant dans le maintien de l’incertitude du résultat, un tel constat soulevait des enjeux politiques : n’assistait-on pas à une recomposition des solidarités qui pourrait se concrétiser par la mise en place d’une ligue fermée sur le modèle nord-américain ?

En somme le projet consistait à regarder un objet traité par des économistes du sport avec les yeux du géographe. La revue de littérature permet d'appréhender le concept d'équilibre compétitif tandis que la méthodologie emprunte à l'analyse spatiale et à la cartographie. Les données sont datées mais le lecteur trouvera dans le document une analyse des modèles de régulation européen et nord-américain du sport professionnel. Par ailleurs, il prendra la mesure que les tensions entre "petits" et "gros" qui affectent le football français existent depuis bien longtemps. 



le document comporte 368 pages, 61 figures, 58 tableaux, 19 cartes. 

quelques articles de ce blog sont issus ou inspirés de ma thèse : 

vendredi 20 novembre 2015

Ronda Rousey a perdu. Tant mieux pour elle.

source rds.ca
Ronda Rousey a perdu. La surprise est énorme tant l'américaine dominait ses adversaires et abrégeait ses combats en quelques secondes. La médaillée olympique de judo était devenue la première attraction de l'UFC. Avatar de la pop culture, très active sur les médias sociaux, élue athlète féminine de l'année aux ESPYS 2014, Ronda Rousey semblait imbattable. Mais voilà, elle a perdu - par KO au second round - face à Holly Holm devant 55 000 spectateurs (record d'affluence pour l'UFC). Et si cette défaite lui était bénéfique?

version augmentée d'un billet publié sur l'Observatoire du sport business

lundi 10 novembre 2014

En bref : à écouter, "Le football mérite-t-il un traitement de faveur ?"

L'excellente émission Du grain à moudre (France Culture, Hervé Gardette) pose cette question avec un plateau de qualité. 
  • Philippe Diallo, directeur général de l'Union des clubs professionnels du football (UCPF) et président du Conseil social du mouvement sportif (CoSMoS).
  • Bastien Drut, économiste et employé au sein d'une grande société de gestion.
  • Jérôme Latta, co-fondateur et rédacteur en chef des Cahiers du football et auteur du blog Une balle dans le pied, hébergé par lemonde.fr.
  • Etienne Moatti, journaliste au journal L'Équipe en charge de l'économie du sport.



En pleine période de restrictions budgétaires, voilà une pilule qui risque d’être dure à faire avaler aux parlementaires lors de l’examen de la prochaine loi de finances rectificative : l’UEFA ne paiera pas d’impôt lors de l’Euro de football organisé en France en 2016. La mesure est prévue pour figurer dans le texte qui sera présenté en conseil des ministres mercredi prochain : c’est ce qu’on apprenait avant-hier à la lecture du quotidien Les Échos.
Interrogé depuis par nos confrères du Monde, le ministre des sports, Patrick Kanner, confirme l’existence de ce cadeau fiscal, et le justifie ainsi : « Si nous n’avions pas pris cette décision, la France n’aurait jamais accueilli cette compétition…Si on n’accepte pas cette condition, l’UEFA va voir ailleurs. » La réponse du ministre a le mérite de la franchise. Elle ne va pas contribuer à redorer le blason d’un sport dont les plus hauts dirigeants semblent en mesure de dicter leurs conditions partout où ils passent. Souvenons-nous simplement des propos de Michel Platini demandant aux Brésiliens de faire une pause dans leurs manifestations, le temps du Mondial.
A cette arrogance des grandes institutions du foot, et histoire de bien noircir le tableau, on pourrait ajouter les facilités dont bénéficient les clubs professionnels. Subventions publiques, chantiers de rénovation des stades, taux de TVA réduits sur la billetterie, aménagement de la taxe à 75% sur les hauts revenus : on a déjà vu des entreprises moins gâtées.
Mais le football est-il une activité économique comme les autres ? A l’image de l’exception culturelle à laquelle la France tient tant, est-il nécessaire de défendre une exception sportive, donc footballistique ?
« Le foot mérite-t-il un traitement de faveur ? »
C’est notre sujet du jour.

mercredi 24 septembre 2014

En bref: le programme des 4es Assises Sporsora de l'économie du sport

Cette année encore je serai aux assises Sporsora de l'économie du sport au Medef qui ont pour thème "le marketing sportif face aux défis de l'innovation". Thierry Braillard, secrétaire d'Etat aux Sports, sera là pour introduire la journée. Cette année encore le programme est très relevé avec deux conférences (Sport spectacle et sport pratiqué, quelles innovations au bénéfice du consommateur, du fan et du pratiquant? - Quel impact et quelles opportunités l'innovation génère-t-elle pour les événements sportifs et les marques?) et des témoignages. Vous pourrez suivre la journée sur le hashtag #SPORSORA2014.

programme des assises sporsora - cliquez pour agrandir



mercredi 7 août 2013

La reprise de la L1 sur France Inter

A l'occasion de la reprise du championnat de France de Ligue 1, France Inter a abordé le sujet de l'économie du foot dans le 7-9. L'excellent Frédéric Bolotny était l'invité de Bruno Duvic. Droits TV, stades, fair-play financier, transferts... Il a déployé énormément de pédagogie pour expliquer aux mieux le modèle économique du football français et ses options de diversification/développement. Ensuite, Jean-Michel Aulas et Frédéric de Saint-Sernin ont répondu à la question inspirée d'un auditeur sur le plafonnement des salaires. Bravo à Bruno Duvic d'avoir essayé (et réussi) d'aller au delà "de l'argent fou du foot business". C'est pas ici:

vendredi 3 mai 2013

Ce que coûte un but, ce que vaut un joueur

S'il est un sujet largement abordé par les économistes du sport, c'est celui de la performance sportive et de la rémunération des joueurs. Autrement dit, les sportifs méritent-ils leur salaire? Une façon assez commune d'aborder cette question est de calculer le coût d'un but (voyez cet article de l'Expansion de 1995 par... Christophe Bouchet). Voici une infographie qui traite de la Premier League et qui rapporte au nombre de buts marqués le montant du transfert, le salaire et enfin la somme perçue à la revente d'un joueur. Sur les 10 dernières années, un but coûte 414 000 euros (350 000£).

lundi 18 mars 2013

Les 3èmes assises Sporsora de l'Economie du sport


Le 28 mars prochain, le MEDEF accueille la troisième édition des assises sporsora de l'économie du sport. La journée de débat est intitulée "Vers un choc de compétitivité : quels enjeux pour le sport français?". La question est pertinente. Souvenez vous que déjà en 2008, le rapport Besson se fixait pour objectif d'"accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français."

jeudi 9 août 2012

Pourquoi le PSG a t-il tout à gagner à perdre un peu

A la veille de la reprise du championnat de France de L1, je voudrais prolonger la réflexion entamée dans les billets "objectiver l'incertitude du résultat" et "un salary cap européen" qui traitaient en partie de l'équilibre compétitif. En début de semaine sur le blog "une balle dans le pied", Jérôme Latta écrit :
"Le scénario le plus probable et le plus attendu est celui d'une domination outrancière, (de Paris) pour cette saison et celles à suivre. Le problème sera bien le caractère excessivement attendu de cette suprématie, si elle se confirme."
La probabilité de voir un PSG ultra-dominateur remporter le titre est si forte que quelques acteurs et observateurs ont averti de la possibilité d'un championnat à deux vitesses. Voyez par exemple la déclaration de Jean-Michel Aulas pour qui le PSG 
"a intérêt à ce qu'il y ait une concurrence dans le Championnat. (...) Il ne faut pas qu'il y ait trop de différences, il ne faut pas exacerber des antagonismes (...) L'OL a joué le jeu économique au plan domestique et je suis persuadé que l'intérêt du PSG est que l'OL soit un challenger de qualité, a-t-il confié. QSI et son diffuseur y trouveraient aussi leur intérêt."
Il est plaisant de voir le président d'un club qui a connu une domination dynastique sur la L1 (7 titres de 2002 à 2008) s'inquiéter du déséquilibre des forces en présence. Cela-dit, au regard de la théorie économique appliquée aux ligues sportives, JMA n'a pas complètement tort. Selon l'hypothèse d'incertitude du résultat, une ultra-domination parisienne serait préjudiciable à la L1et par extension au PSG. 

Je dois vous dire : j'ai avancé dans la lecture de la série 100 bullets. Souvenez vous, à l'occasion d'une réflexion sur les délocalisations, je citais l'agent Graves. Le rapport? Dans le volume 13 chez Panini Comics qui regroupe les épisodes de 64 à 69, une planche illustre à merveille le concept d'équilibre compétitif et les fondements d'une particularité économique du sport professionnel.

Jack n'a pas compris qu'en situation de monopole (sans concurrent crédible), il n'existait plus d'incertitude. En conséquence, l'absence d'équilibre compétitif nuit a ses revenus. Le PSG sera t-il bientôt dans ce cas?  (vous pouvez agrandir l'image en cliquant dessus)

un match nécessite
  1. un adversaire
  2. de préférence crédible (de niveau similaire) pour favoriser une issue incertaine
Sans quoi : Pas d'adversaire = pas de match = pas de recette = pas de revenus pour l'équipe ultra-dominante. L’élimination de la concurrence supprimerait de fait les sources de revenus des clubs. C'est un autre économiste, Walter C. Neale, qui a théorisé cela dès 1964 dans un article célèbre chez les économistes du sport : The Peculiar Economics of Professional Sport: A Contribution to the theory of the Firm in Sporting Competition and in Market Competition. Pour illustrer qu’en matière de sport professionnel, une situation de monopole est plus néfaste qu’une situation concurrentielle, il énonce le « Louis Schmeling Paradox ».

Le paradoxe « Louis/Schmeling »

Né en 1914, le boxeur afro-américain Joe Louis Barrow entame sa carrière professionnelle en 1934. Il sort victorieux de ses 27 premiers combats en en remportant 23 par K.O. Surnommé le « Brown Bomber », Joe Louis apparaît rapidement comme invincible. Ainsi ses prestations perdent-elles de l’audience alors même qu’il est au sommet de son art. Néanmoins, il connaît sa première défaite le 19 juin 1936 face à l’Allemand Max Schmeling. L’événement, inattendu, captive à nouveau la passion du public. La revanche a lieu le 22 juin 1938 au Yankee Stadium à New York devant 70 000 spectateurs. Le combat est programmé sur 146 stations radiophoniques à travers les Etats-Unis. On estime à 68 millions le nombre d’Américains qui suivent la retransmission (63,6% d’audience). 97% des New-yorkais possédant une radio auraient écouté le match. Il suffit de deux minutes et quatre secondes à Joe Louis pour remporter une cinglante victoire. Le « Brown Bomber » empoche ce soir là 350 000 dollars alors qu’il n’en avait gagné que 300 000 au cours de ses 18 premiers mois de professionnalisme. Le paradoxe souligné par Neale est le suivant : les revenus de Louis ont été très fortement majorés par une défaite. Une moindre performance sportive, en rééquilibrant la perception du public quant à l’issue du match suivant, relance l’intérêt et donc les revenus de tous les protagonistes, y compris du présumé dominant.



Poursuivant son propos, Neale remarque que le club de baseball des New York Yankees, qui domine alors le championnat, n’aurait aucun intérêt économique à éliminer les clubs concurrents en rachetant les meilleurs joueurs ou, à l’extrême, les équipes adverses. Les Yankees se retrouveraient seuls, sans adversaires, sans possibilité de produire un spectacle donc, sans revenus. Neale souligne donc que la prière du soir des joueurs des Yankees devrait être :

"Oh mon Dieu, faites que nous soyons bons, mais pas si bons que ça" (Neale, 1964, p. 2).

Une équipe seule ne peut assumer la totalité du marché : cela signifierait qu’elle n’aurait aucun adversaire à affronter. En ce sens, le sport n’est pas une activité économique comme les autres. Une situation de monopole est moins profitable qu’une situation concurrentielle. Là réside la spécificité du sport qui distingue ce secteur d’activité d’autres secteurs industriels. Avec ce paradoxe, il s’agit en fait de montrer que sans coopération économique, la compétition sportive est intenable. Dans une optique économique, la véritable firme n’est pas le club qui n’a aucun intérêt à dominer son marché, mais plutôt la ligue envisagée comme un groupement de clubs unis par des intérêts communs nécessitant la mise en place d’une politique de régulation concertée. Le rôle d’une ligue consiste alors à défendre les intérêts de tous ses membres en limitant les comportements individualistes. On peut alors envisager une ligue sportive comme une alliance de plusieurs clubs rivaux (sportivement) défendant des intérêts communs (financiers) par la mise en place d’une politique de régulation concertée.

Un produit conjoint particulier

Plusieurs équipes doivent ainsi coopérer les unes avec les autres afin de produire un bien, envisagé alors comme une production conjointe (Inverted Joint Product).

Le match est autrement appelé rencontre. Etymologiquement, la rencontre définit l’action de combattre. Elle recouvre le sens d’un « duel » ou d’un « affrontement » et caractérise l’action pour deux personnes d’entrer en contact de manière concertée ou prévue. De ce point de vue, le match en qualité de produit joint possède deux éléments fondamentaux et paradoxaux : il est d’une part l’occasion d’un affrontement entre deux entités ; d’autre part, il fait l’objet d’une organisation entre les entités s’adonnant à cet affrontement, sans quoi il n’existerait pas. En quelque sorte, il s’agit d’un conflit concerté. Un match seul ne présente qu’un intérêt limité pour le public. La multiplication des rencontres entre plusieurs adversaires débouche sur l’établissement d’un classement dont l’évolution au fil des journées génère la mobilisation des spectateurs. Neale nomme cela le League Standing Effect, le degré d’excitation de la ligue, défini comme
"les changements quotidiens dans les classements ou les possibilités quotidiennes de modification de classement" (Neale, 1964, p. 3). 
Le match et le championnat, en qualité de production jointe, résultent ainsi de l’interdépendance de plusieurs équipes qui adhèrent à une politique coopérative reposant d'une part sur une régulation sportive (les règles du jeu, le calendrier ...) et une régulation économique (modalités de partage des revenus du spectacle sportif).

Vous comprendrez pourquoi alors, en 1990, Paul Tagliablue, Commissaire de la NFL, déclarait :

"Free market economics is the process of driving enterprises out of business. Sports league economics is the process of keeping enterprises in business on an equal basis. There is nothing like a sports league. Nothing."(Sport Illustrated, citation reprise par Rodney Fort, un autre économiste du sport réputé).

Le spectacle sportif à l’épreuve du droit commun

Les caractéristiques économiques des ligues sportives favorisent des stratégies incompatibles avec une économie de marché libérale. Ainsi, pour Neale : 

" Il est clair que les sports professionnels sont des monopoles naturels, marqués par des particularités à la fois dans la structure et le fonctionnement de leur marché. En conséquence, les ligues professionnelles ont toute la légitimité économique d’en appeler à la législature, aux courts de justice, et au public pour la raison que
We fall if you divide us;
We stand if Johnny Unitas."
(Neale, 1964, p. 14). (un jeu de mots avec le nom d’un grand quarterback de Baltimore)


Une ligue est ainsi envisagée dans la littérature comme une Joint venture, un groupement par lequel plusieurs entités s’associent dans le but de réaliser un projet particulier tout en mettant leurs ressources en commun en en partageant les risques et les bénéfices. Chaque club est une entité économique appartenant à des propriétaires distincts qui limitent la concurrence par le biais d’une politique coordonnée de solidarité. Aux États-Unis comme en Europe, ce type d’entente ou d’arrangement, véritable restriction à un libre fonctionnement du marché, peut tomber sous le coup des lois sur la concurrence.

Ainsi, lorsque vous entendez des institutions sportives réclamer la reconnaissance d'une exception sportive, devenue par la suite "spécificité du sport", c'est au nom de cette particularité économique. La prise en compte de cela nécessite la bienveillance des pouvoirs publics puisque certaines règles sportives dérogent au droit commun, notamment en termes de contraintes sur le marché du travail. De part et d’autre de l’Atlantique, le législateur a reconnu l’importance de préserver l’incertitude du résultat. Mais, lorsqu’aux États-Unis cela se traduit par une véritable exemption, en Europe la sphère sportive perd de son autonomie. On dira donc du système nord-américain qu’il est régulé tandis que le système européen souffre de dérégulation. Ainsi Wladimir Andreff, père fondateur de l'économie politique du sport, remarque t-il: 
«Dans l’économie du sport professionnel, le paradoxe est que le capitalisme financier et de marché du travail libre émerge aujourd’hui en Europe et non aux Etats-Unis. Il converge de plus en plus vers le modèle d’économie libérale prédominant en Europe aujourd’hui. Le modèle américain de ligue professionnelle fermée, second paradoxe, tend au contraire à renforcer ses régulations et à adopter des arrangements institutionnels de plus en plus ‘quasi-socialistes’ » (Régulation et institution en économie du sport, 2007).
A l'occasion, je reviendrai plus longuement sur la façon dont le droit commun européen s'est appliqué au sport pro. En attendant, que peut-on souhaiter au PSG en considérant les apports de l'économie du sport?


Que peut-on souhaiter au PSG? 

  • à l'échelle du championnat : il faudrait que le PSG soit sacré champion sans écraser la concurrence. Si l'incertitude est levée très tôt (disons par exemple, 20 points d'avance à 7 journées de la fin) les (télé)spectateurs de la L1 pourraient se démobiliser considérant le spectacle comme achevé. 
  • à l'échelle des matches : il faut souhaiter au PSG d'en gagner le plus possible bien entendu mais ces victoires devraient se dessiner à l'issue de rencontres disputées et indécises. Le risque est de voir des matches d'exhibition remplacer des rencontres incertaines. Il ne faut pas oublier que le sport est spectacle de l'incertitude et non un spectacle de l'habileté. Les matches se disputent dans un stade et non dans un cirque. 
  • sur le long terme : une domination dynastique, telle celle de Lyon dans les années 2000, risque aussi d'atténuer le ressort dramatique de la compétition dont l'intérêt ne résiderait plus que dans les places qualificatives aux Coupes d'Europe et dans la lutte pour la maintien. 
  • Il faut enfin souhaiter au PSG l'émergence d'une concurrence crédible, stable et durable d'au moins 3 autres clubs, de préférences localisés dans de grandes villes (disons donc Lyon, Marseille et Lille). C'est une condition nécessaire pour poursuivre un double objectif : conserver un championnat national attractif et disputé; avoir des clubs français qui ont progressé grâce à l'émulation au niveau national et qui deviennent ainsi compétitifs sur le plan continental. 

vendredi 4 mai 2012

Objectiver l'incertitude du résultat

« Oh incertitude ! Nous ne savons rien... Pauvres fourmis misérables que nous sommes, nous ne savons rien... Nous ne savons pas si Dieu nous regarde, nous ne savons pas si l'apocalypse est proche, nous ne savons même pas si c'est pas Nantes qui va gagner ce soir contre Vierzon ! » Pierre Desproges, les réquisitoires 

Peut-être attendez vous la soirée diapo digitale de mes expériences sportives américaines. Cela va venir. Mais partir, c'est revenir et revenir c'est rattraper du retard. Depuis lundi j'ai donc regardé les deux derniers épisodes d'Eastbound & Down (fan à jamais de Kenny Powers ! ), lu le dernier numéro de So Foot et téléchargé une bonne centaine de podcasts. 

Le premier que j'ai écouté est l'émission de la Place de la toile (France Culture) du 14 avril, intitulé "Foot, stats et données". Je ne saurais trop vous en conseiller l'écoute pour au moins 4 bonnes raisons : 
  1. Je tiens la place de la toile (#pdlt) comme la meilleure adresse dédiée à l'internet, aux TIC, aux réseaux socionumériques. 
  2. Son animateur-producteur, Xavier de la Porte (@xporte) est brillant. Il a commis en 2006 un petit ouvrage malicieux et passionnant sur le football intitulé "la controverse pied/main". certains d'entre vous se souviennent peut-être de ses chroniques matinales pendant la dernière Coupe du Monde.
  3. Etaient invités à cette émission : l'excellent Jérôme Latta, rédacteur en chef des cahiers du foot (@cahiersdufoot) et animateur du blog "Une balle dans le pied". Philippe Gargov (@philippegargov) géographe tout comme moi, et animateur du blog "Football totalitaire" (@footalitaire). David Collet (@colletdavid), directeur d'Opta Sports France.
  4. Enfin, la question abordée est pour le moins d'actualité. Mon camarade Loïc Ravenel (@Loic_Ravenel) ne me contredira pas. Au sein du CIES, il travaille justement en collaboration avec Opta sur des données de performances des joueurs. Lui aussi débute ses cours par des extraits de Moneyball. 

Les intervenants rappellent que le sport a vocation a produire du chiffre. Rappelons en effet que selon la mythologie grecque, Palamède, inventa les poids et les mesures mais aussi le jeu d’échecs et le jeu de dés. On lui attribue aussi le concept d’«ordre». Opposition, incertitude, équilibre, mesure et classement semblent former un champ lexical qui relève d’une même paternité. Tout se passe comme si, par nature, la confrontation par le jeu/sport était indissociable du classement qui en résulte. Par extension, le sport-spectacle relève de « l’ordre », du « poids et des mesures ». La victoire est toujours décernée quantitativement (des points, un score, un temps, une note, une distance...). Parce qu'elle doit se mériter, tout se passe comme si la victoire s'objectivait par le chiffre irréfutable. Dans une chronique de 2006, Alain Loret rappelait: 
"chacun s'accorde pour estimer que la télégénie d'un sport repose en grande partie sur son aptitude à produire du score (buts, points, paniers). Le «rendement sportif télévisuel» se résume en une phrase : la production de points doit être la plus élevée possible dans des intervalles de temps bien maîtrisés dégageant des périodes de jeu particulièrement brèves. C'est donc son règlement qui conditionne la performance télévisuelle d'une discipline."
Finalement, dans l'émission de la place de la toile, les intervenants mettent en avant le recours à la statistique comme outil d'analyse de la performance et moyen de réduire les incertitudes. Cela a d'ailleurs donné naissance a des approches positivistes du sport pro (Sabermetrics pour le baseball, soccermetrics pour le foot)
Mais savez vous que l'on peut aussi faire une analyse statistique de l'incertitude du résultat? Cette question a mobilisé les économistes du sport lors de la dernière décennie. Dans le Journal of Sports Economics, on identifie 180 entrées sur le concept de competitve balance.

Attention, ce billet est un peu long et ne comporte aucune illustration et en plus ça parle de stats !

L'hypothèse d'incertitude du résultat 

The uncertainty of outcome hypothesis (l’hypothèse d’incertitude du résultat) est envisagée comme le facteur sportif de la demande dont l’importance sur le long terme lui confère un caractère primordial. Comme le soulignent Dobson et Goddard, 
« l’incertitude du résultat est le flux vital de n’importe quel évènement sportif: retirez l’incertitude et les sports de compétition dégénèrent en une exhibition stérile. L’imprévisibilité est une caractéristique clé du produit que vendent les équipes sportives professionnelles à leurs spectateurs, de sorte qu’une analyse de la nature de cette imprévisibilité constitue un élément essentiel de n’importe quelle étude d’économie du sport » (Dobson & Goddard, 2001, p. 126). 

Un des objectifs majeurs d’une ligue réside donc dans la nécessité de maintenir l’incertitude des résultats sportifs. les économistes du sport  El- Hodiri et Quirk :

« le fait économique essentiel concernant le sport professionnel est que les revenus de la billetterie dépendent crucialement de l’incertitude du résultat des matchs joués dans la ligue. Lorsque la probabilité d’une équipe de remporter une rencontre approche 1, les recettes-guichets chutent considérablement. En conséquence, chaque équipe a une motivation économique pour ne pas devenir trop supérieure comparée aux autres équipes de la ligue » (El-Hodiri & Quirk, 1971, p. 1306).

Il s’ensuit que lorsqu’une équipe atteint un niveau de réussite qui compromet l’incertitude du résultat, la demande de sport-spectacle décline. Si une équipe victorieuse attire le public, sa domination ne doit pas être pour autant outrageante.

L’hypothèse d’incertitude du résultat stipule que les (télé)spectateurs désirent certes voir leur équipe gagner, mais à l’issue d’une rencontre équilibrée, disputée et indécise. Quirk et Fort développent cette idée centrale: 

« l’un des ingrédients clés de la demande des fans pour les sports d’équipes est l’excitation générée par l’incertitude du résultat des matchs d’une ligue. Pour chaque fan qui, en puriste, se contente de simplement regarder l’habileté des athlètes sans tenir compte de l’issue du match, il y’en a beaucoup plus encore qui vont voir leur équipe gagner, et plus particulièrement voir leur équipe gagner dans une rencontre indécise contre un adversaire tenace. Afin de maintenir l’intérêt des fans, une ligue sportive doit s’assurer qu’aucune équipe ne devienne trop forte ou trop faible par rapport aux autres afin que l’incertitude du résultat soit préservée. Si une ligue devient si déséquilibrée, avec trop de talent sportif concentré dans une ou deux équipes, l’intérêt des fans chute aussi bien pour les équipes faibles que pour les équipes fortes » (Quirk & Fort, 1992, p. 243).
C’est d’ailleurs là que réside l’atout majeur du spectacle sportif. Shank rappelle que si une pièce de théâtre a un script et un concert un programme, l’action sportive est spontanée et non maîtrisée de ceux qui y participent. A la différence d’un film - on s’attend à rire s’il s’agit d’une comédie ou à être effrayé dans le cas d’un film d’horreur - les émotions que nous pourrions ressentir en regardant un évènement sportif sont dures à prévoir (Shank, 1999, p. 3). Dans tous les cas, le drame sportif qui se dessine sous les yeux des spectateurs n’est pas scénarisé. Rien n’est préétabli, l’enchaînement des évènements n’est pas rédigé à l’avance. Le spectateur vit un match au gré des renversements de situation lui procurant des variations émotionnelles. 

Définir l’équilibre compétitif

Malgré la qualité du débat international, il reste difficile de définir clairement les notions d’incertitude du résultat et d’équilibre compétitif. Sous leur apparence simple, universelle et évidente, ces concepts masquent une grande complexité difficilement réductible à une définition (Downward & Dawson, 2000, p. 131). Pour Forrest et Simmons, 
« l’équilibre compétitif fait référence a une ligue structurée de sorte que chacun de ses membres possèdent une « force de jeu » relativement égale, tandis que l’incertitude du résultat est reliée à la situation où chaque rencontre d’une ligue présente de l’imprévisibilité et, par extension, aucun vainqueur n’est pressenti à l’entame du championnat » (Forrest & Simmons, 2002a).
L’équilibre compétitif appartiendrait à la catégorie d’éléments qu’on ne peut clairement définir mais qu’on reconnaît de suite dès qu’on y est confronté. Ainsi, pour Andrew Zimbalist, 
« l’équilibre compétitif c’est comme la santé. Tout le monde s’accorde à dire que c’est une bonne chose, mais personne ne sait ce qu’est être en bonne santé » (Zimbalist, 2002a, p. 111). 
 Leo Kahane corrige l’analogie en préférant “la beauté” à “la santé”. Selon lui, la dimension subjective de la perception des critères de beauté reflète mieux la complexité et l’ambiguïté de l’équilibre compétitif. Kahane constate alors qu’
« il ne semble n’y avoir aucun réel consensus sur ce que signifie l’équilibre compétitif. [...] L’absence de définition est compréhensible car le concept est difficile à cerner. [...] Sans une définition claire de l’équilibre compétitif, les discussions pour savoir si les ligues sont suffisamment équilibrées n’ont que peu de sens » (Kahane, 2003, pp. 288-289). 
Si le concept est difficile à cerner c’est qu’il s’agit d’appréhender ce qui relève avant tout du ressenti des fans d’un sport : un championnat est déséquilibré lorsqu’un spectateur dit qu’il l’est. Cela ne peut toutefois pas être satisfaisant pour un économiste qui cherche avant tout à quantifier et mesurer ce degré d’incertitude. Mais construire une définition sur des critères quantitatifs (l’équilibre compétitif est ce que l’on mesure) sur la base de critères qualitatifs (l’équilibre compétitif est ce que ressentent les spectateurs) apparaît comme une entreprise périlleuse.
Faute de s’accorder sur une définition admise de tous, un consensus s’est établi autour de l’emploi d’une définition proposée par un rapport indépendant sur l’économie de la Ligue Majeure de Baseball : 
« le véritable équilibre compétitif n’existera pas tant que chaque club n’aura l’espoir régulier et récurrent d’atteindre les playoffs » (Levin, Mitchell, Volcker, & Will, 2000, p. 5). 
 Cette définition a le mérite d’identifier le caractère essentiel du concept d’équilibre compétitif en introduisant la notion d’ «espoir régulier et récurrent ». Sur le long terme, chaque club doit de façon récurrente nourrir l’espoir véritable de pouvoir se qualifier pour les phases finales. Toutefois, cette définition est discutable. Tout d’abord, comment objectiver « un espoir régulier et récurrent d’accéder aux playoffs»? Dans l’esprit d’un fan, quel laps de temps sans qualification est soutenable ? Ensuite, est-il réellement enthousiasmant pour les fans de voir leur équipe accéder régulièrement aux phases finales sans un « espoir récurrent et régulier » de remporter le titre ? Enfin, la définition concerne uniquement les championnats où une phase finale succède à une saison régulière. Plus particulièrement, elle est consacrée aux ligues fermées nord-américaines. Qu’en est-il d’une ligue ouverte sans phase finale ? Le spectateur doit-il espérer le titre, une place européenne, le maintien ?

C’est pourquoi l’édification d’une définition universelle et exclusive relève de la gageure. Il semble toutefois nécessaire d’appréhender ce que pourrait être un championnat européen doté d’équilibre compétitif. Dans le cas des ligues sportives    européennes ouvertes, on peut considérer qu’un championnat équilibré est    constitué    d’équipes sensiblement de force égale de sorte que l’incertitude quant à l’issue de chaque match et, par extension, de la saison, soit préservée.

Les indices statistiques de l'équilibre compétitif

Les économistes du sport ont adopté un arsenal d’indicateurs statistiques permettant d’évaluer l’incertitude d’un championnat à l’issue d’un match, d’une saison ou sur le long terme.

L’évaluation de l’équilibre compétitif à l’issue d’un match est la seule qui se réalise ex-ante. Arnaud Rouger a analysé l’équilibre compétitif du basket-ball français (Rouger, 2000). S’intéressant plus particulièrement aux playoffs, il montre que dès la fin de la saison régulière il est possible par l’utilisation de calculs de probabilités de connaître le nom du champion. Concernant le football, Goddard construit un modèle de prévision hybride plus élaboré pour déterminer le résultat d’un match mais aussi le nombre de buts marqués (Goddard, 2005). Falter et Pérignon développent une approche similaire pour établir une liaison entre l’incertitude à l’issue d’un match et la demande du public (Falter & Pérignon, 2000). Depuis peu, Scelles entreprend des analyses empiriques ex-post dans un souci de comparer l’équilibre compétitif intra-match entre différentes disciplines (Scelles, 2006). Enfin, l’équilibre compétitif relevant de la perception probabiliste du public, de nombreux auteurs envisagent une analyse des paris sportifs (Archontakis & Osborne, 2007; Dawson & Downward, 2005; Kochman & Goodwin, 2004; Paul & Weinbach, 2005).

Afin d’évaluer l’équilibre compétitif à l’issue d’une saison, Michie et Oughton proposent deux indices de concentration (Michie & Oughton, 2004): l’indice C5 et l’indice Herfindahl-Hirschmann. Le premier consiste à calculer la somme des points des cinq premiers clubs puis de la rapporter au total de points de l’ensemble des équipes. Plus l’indice est fort, plus le championnat est déséquilibré. L’indice C5 de l’équilibre compétitif (C5EC) est plus perfectionné: on confronte l’indice C5 à ce qu’il serait dans une ligue idéalement équilibrée. L’indice Herfindahl-Hirschmann a été construit pour rendre compte des inégalités de parts de marché dans un secteur industriel entre toutes les firmes. L’indice est calculé en additionnant le carré des parts de points de chaque club. De même que pour le C5EC, il est possible de construire un indicateur plus précis. L’indice HHEC confronte l’indice HH à ce qu’il devrait être dans une ligue où la répartition des points est parfaitement équitable.

L’un des moyens les plus parlants pour évaluer l’équilibre compétitif consiste à déterminer quand l’incertitude est mathématiquement levée. Initiée par Kuypers, cette approche consiste à savoir à combien de journées de la fin du championnat un club est sacré champion (Kuypers, 1996).

Sur le long terme, l’analyse se porte essentiellement sur les titres. Si il est possible d’appliquer des indices de concentration classiques, une approche plus élaborée mise en œuvre par Quirk et Fort et par Szymanski et Kuypers a pour but de construire une courbe de Lorenz et à calculer l’indice Gini (Quirk & Fort, 1992; Szymanski & Kuypers, 1999). Considérant que le modèle des ligues sportives européennes est caractérisé par la mobilité des équipes entre niveaux de compétition par le jeu des promotions/relégations, l’évaluation de l’équilibre compétitif d’une ligue consiste aussi à appréhender son degré d’ouverture à de nouveaux entrants. Murphy analyse le yo-yo phenomenon dans le football anglais d’élite entre 1947 et 1999 (Murphy, 1999). Frick et Prinz se penchent sur la capacité des équipes promues à se maintenir et cela dans plusieurs championnats européens (Frick & Prinz, 2004). Helleu et Durand étudient le renouvellement des effectifs des championnats de France de football et de basket par la démographie des flux (Helleu & Durand, 2005).

L’approche la plus répandue dans la littérature a été soumise par Noll (1988) puis mise en application par Scully (1989). Les auteurs argumentent qu’un moyen d’appréhender l’équilibre compétitif consiste à observer les performances sportives dans une ligue et à les comparer aux performances théoriques qui auraient été produites si la ligue était idéalement équilibrée. Quirk et Fort développent la démarche :
« en utilisant l’approche Noll-Scully, nous pouvons évaluer le degré d’équilibre compétitif d’une ligue en comparant les valeurs effectives de l’écart-type du pourcentage de victoires à ce qu’il aurait dû être dans une ligue dans laquelle chaque équipe aurait la même force. C’est-à- dire qu’on détermine la mesure idéale pour une ligue où pour chaque équipe, la probabilité de remporter un match serait de 0,5 » (Quirk & Fort, 1992, p. 245). 
Les indicateurs statistiques sont donc variés mais comme le rappellent Cavagnac et Gouguet, il persiste des discussions sur

« la pertinence elle-même d’un indicateur de dispersion ou de concentration des victoires qui ne refléterait pas la nature profonde de la compétition sportive » (Cavagnac & Gouguet, 2006, p. 10).

C’est pourquoi, comme le suggèrent Gerrard et Kringstad, il est préférable de rendre compte de l’intensité compétitive plutôt que de l’équilibre compétitif. Ils expliquent que
« l’intérêt du public ne dépend pas seulement du niveau général d’équilibre compétitif, ceteris paribus, mais plus largement de l’intensité compétitive pour l’accès au titre » (Kringstad & Gerrard, 2007). 
De fait, une perception objectivée de l’incertitude ne repose pas dans l’application d’un seul indicateur mais plutôt dans une confrontation d’un ensemble de mesures.

Bibliographie

Archontakis, F., & Osborne, E. (2007). Playing It Safe? A Fibonacci Strategy for Soccer Betting. Journal of Sports Economics, 8(3), 295-308.

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Shank, M. (1999). Sports Marketing : A strategic Perspective. Upper Saddle River, NJ: Prentice Hall.

Pour aller plus loin : 


2 articles de la Revue Européenne de management du Sport (l'accès n'est pas libre malheureusement)

Au-delà de l'équilibre compétitif : l'intensité compétitive

L'évolution des indicateurs « statiques » d'équilibre compétitif : réelle ou aléatoire ?

Pour les étudiants en STAPS qui souffrent pendant les TD de méthodo ou ne comprennent rien aux rudiments de la statistique, je recommande vivement l'ouvrage de Stéphane Champely "statistique vraiment appliquée au sport".

J'ai rédigé ce billet à partir de larges extraits de ma thèse.